28-08-23   |   Par HUMANIPEDIE

L’aumône durable

Humanipedie - Dernière mise à jour : 03-03-24 

L’aumône durable en faveur d’un changement permanent

Nul, parmi nous, n’ignore les mérites de l’aumône (al-sadaqa) et particulièrement de l’aumône durable (al-sadaqa al-jâriya). Les hadiths allant dans ce sens sont légion. Ainsi, pour ce qui est de l’aumône durable, qui n’a pas entendu parler de ce célèbre hadith prophétique : « Lorsque le Fils d’Adam meurt, ses œuvres s’interrompent sauf trois [qui demeurent continues] : une aumône durable, un savoir qui profite et un enfant pieux qui invoque en sa faveur. » Rapporté par al-Bukhârî et Muslim.

De plus, cette aumône durable a pour avantage de se perpétuer dans le temps, d’où sa qualification de durable (jâriya) par opposition à la simple aumône qui profite dans l’immédiat à son bénéficiaire tels qu’une somme d’argent ou un vêtement, ou encore de la nourriture offerte à un nécessiteux. Et pour ce qui est des exemples de l’aumône durable, ceux-ci ne manquent pas. Et sans prétendre à l’exhaustivité, nous pouvons l’illustrer par ce qui suit :

  • Construire une école.
  • Bâtir un hôpital.
  • Aménager une route.
  • Forer un puits.

Pour ce dernier, la Tradition prophétique semble lui accorder un statut particulier. En effet, il est relaté qu’on interrogea le Messager au sujet de la meilleure aumône, il répondit : « Donner de l’eau à boire » Rapporté par al-Nasâ’î.

Toutefois, les gens de science divergent quant à la raison de la préséance accordée par le Prophète à ce type d’aumône. Certains avancent qu’à l’époque prophétique, l’eau se faisait rare, surtout dans une contrée désertique comme la péninsule arabique. D’autres appuieront que la parole prophétique est à prendre dans son sens absolu, à savoir qu’en tout temps et en tout lieu, l’eau mise à disposition demeure la meilleure des aumônes.

Pour notre part, nous pencherons pour ce deuxième point de vue. Effectivement, à l’heure du dérèglement climatique et du réchauffement de la planète, ce ne sont pas que les pays du Sud qui souffrent de la sécheresse et du manque d’eau, nos nations industrialisées subissent ces dernières années, certes à un niveau moins critique, le même sort.

Et puis, l’eau a toujours été source de vie, dans le Saint Coran, un verset rappelle très bien cette évidence : (Et Nous fîmes de l’eau toute chose vivante.) (Les prophètes /n°21, v.30).

L’eau abreuve les hommes, les animaux ; elle permet aussi d’arroser les terres agricoles et d’offrir une moisson qui réjouit non seulement les agriculteurs mais également les gens de la cité.

Et quant aux pays du Sud, l’eau, surnommée de nos jours l’or bleu au vu de son caractère précieux, demeure toujours un défi majeur que rencontrent les communautés locales. Son manque cruel menace l’existence humaine, obligeant les individus à consommer de l’eau insalubre qui endommage leur santé et réduit leur espérance de vie.

En effet, selon l’Organisation Mondiale de la Santé, plus de 485 000 personnes dans le monde meurent chaque année à cause de l’insalubrité de l’eau. Celle-ci est d’ailleurs aussi la cause de la contraction et de la transmission de nombreuses maladies telles que la diarrhée, le choléra et la dysenterie.

En outre, le bétail, véritable capital d’investissement pour les villageois pauvre, se retrouve lui aussi affecté par cette situation ; une eau insalubre aura non seulement un impact sur sa santé mais réduira à coup sûr sa productivité, de nombreuses études contemporaines vont dans ce sens.

Pour ces différentes raisons, l’eau potable est un élément vital pour la préservation de la vie humaine et de l’écosystème.

Financer le forage de puits et la construction de châteaux d’eau devient dès lors l’un des défis majeurs de notre temps dans ces contrées et régions défavorisées

Avec l’école, l’habitat et l’accès aux soins de santé, la disponibilité d’eau potable participe de l’épanouissement des individus, des familles et des collectivités ; elle assure aussi la paix civile.

Toutefois, les donateurs qui financent le forage des puits et la construction des châteaux d’eau se retrouvent souvent tourmentés par une question : qu’en est-il de leur aumône durable lorsque ce qui en était la cause s’interrompt ?

Dit autrement : quand un puits, par exemple, cesse de fonctionner car sa réserve d’eau présente dans son sol est épuisée, est-ce pour autant que notre sadaqa jâriya censée durer s’interrompt à son tour et ne profite plus aux personnes défuntes au nom desquelles elle fut dédiée ainsi qu’à ses donateurs ?

Dans un premier temps, veillons à dédramatiser la situation. En effet, la « fin » d’une sadaqa jâriya n’est pas une nouveauté en soi, cette situation s’est produite à maintes reprises à travers l’histoire de l’islam. Nous en voulons pour preuves ces nombreuses aumônes durables consenties par des Compagnons et les générations musulmanes suivantes qui ont disparu sans laisser de traces, vicissitudes du temps oblige.

Si nous acceptons qu’une sadaqa jâriya puisse un jour s’interrompre et prendre fin pour divers facteurs, cela doit-il pour autant nous décourager à financer des puits et châteaux d’eau au prétexte que leur pérennité n’est nullement garantie ?

La première est que seul Allah rétribue pleinement les œuvres de bienfaisance en fonction aussi de la sincérité qui y est mise et qui pourrait faire décupler la valeur et la rétribution de ces aumônes durables, Allah dit en effet :(Ceux qui dépensent leurs biens dans le sentier d'Allah ressemblent à un grain d'où naissent sept épis, à cent grains l'épi. Car Allah multiplie la récompense à qui Il veut et la grâce d'Allah est immense, et Il est Omniscient.) (La vache /n°2, v.261).

La deuxième, le bénéfice d’une aumône durable, notamment celle en lien avec l’eau, n’est jamais réellement perdue. Rappelons le nombre de personnes et de familles qui, grâce à cette eau potable ont vu leur santé s’améliorer et leur espérance de vie, par la volonté d’Allah et Sa grâce, prolongée.

Cette santé améliorée, grâce à cette aumône durable quand bien même devrait-elle s’interrompre un jour, sera pour eux source de productivité génératrice de revenus qui leur permettront d’offrir une meilleure éducation et scolarisation à leurs enfants.

Imaginez ensuite ces enfants devenus adultes qui, à leur tour, par leur compétence et leur savoir-faire, enrichiront la cité et fonderont leur propre foyer avec cette même quête d’assurer à leur progéniture cet épanouissement les aidant aussi à préserver leur foi, et ainsi de suite pour les prochaines générations, selon un célèbre concept connu sous le nom d’effet domino.

Pouvons-nous après cela douter de l’effet pérenne de notre aumône durable ayant cédé à l’usure du temps mais dont les conséquences positives demeurent insondables et incalculables pour ces bénéficiaires vues sur le temps long ?

Concluons cet article par rappeler une fois de plus que lorsque nous offrons une sadaqa jâriya c’est avec Dieu que nous traitons et qu’Il est celui, exalté soit-il, qui dit dans Son Livre saint : (…vraiment Nous ne laissons pas perdre la récompense de celui qui fait le bien.) (La caverne /n°18, v.30).

Soyons donc de celles et ceux qui méditent et qui continuent à œuvrer dans la voie du bien et nul doute que nos aumônes durables, qui ressemblent à des graines jetées dans le sol d’une terre, agiront pour nous et que nous serons surpris le Jour dernier de voir ce qu’Allah nous a réservé comme rétribution et grâce auxquelles nous ne nous attendions même pas.

Assurément, quelle belle promesse en perspective que nous annonce le Prophète lorsqu’il nous apprend ceci : « Personne ne fait l’aumône d’un bien pur – et Allah n’accepte que ce qui est pur – sans que le Tout-Miséricordieux ne la prenne dans Sa Main droite, fût-ce une datte. Elle croît alors dans la paume du Tout-Miséricordieux jusqu’à devenir plus grande qu’une montagne… » Rapporté par al-Bukhârî et Muslim.

Penser autrement, c’est se priver d’un immense bienfait et cela conduit à fermer les portes du bien, que Dieu nous en préserve !


Mustafa Kastit